DINER-DEBAT

avec

Roselyne BACHELOT

Ancienne ministre de l’écologie et du développement durable, de la santé et des sports, puis de la culture
Mercredi 9 octobre 2024
" Politique de santé, l’aventure des JO de Paris 2024 et l’exception culturelle française "
 
La personnalité originale et éclectique de Roselyne Bachelot-Narquin, et sa vie et carrière riches et diverses se caractérisent par la fidélité aux idées et aux valeurs, la liberté de pensée, le sens de l’intérêt général, la passion pour la santé et la culture, et elle a la politique dans le sang. Née dans une famille de résistants, elle est très tôt initiée à la politique par un père député. D’abord conseillère municipale à Angers, puis conseillère régionale et vice-présidente des pays de la Loire, elle est élue sans discontinuer députée du Maine et Loire de 1988 à 2012. Elle siège au parlement européen de 2004 à 2012. Ministre de l’écologie et du développement durable (2002-2004) dans le gouvernement Raffarin, puis de la santé, de la jeunesse et des sports dans le gouvernement Fillon, elle mène une réforme en profondeur du système de santé. Elle quitte ensuite provisoirement la scène politique pour se consacrer à ses activités de chroniqueuse audiovisuelle et à la publication de plusieurs ouvrages, avant de revenir comme ministre de la culture dans le gouvernement Castex.
Pianiste dès l’âge de 2 ans et demi, elle étudie le chant et se passionne pour l’opéra, passion qui ne la quittera pas. La future ministre acquiert cependant sa formation universitaire dans le domaine de la santé, docteur en pharmacie, major de sa promotion, et elle mène ensuite de front sa triple vie de scientifique, de mère et d’élue.

Elle a accepté de rencontrer les panglossiens pour un dîner-débat et répondre à nos questions sur la santé et la culture :
photo n°1 - dd_bachelot photo n°2 - dd_bachelot photo n°3 - dd_bachelot photo n°4 - dd_bachelot photo n°5 - dd_bachelot photo n°6 - dd_bachelot photo n°7 - dd_bachelot photo n°8 - dd_bachelot photo n°9 - dd_bachelot photo n°10 - dd_bachelot photo n°11 - dd_bachelot photo n°12 - dd_bachelot photo n°13 - dd_bachelot Photos B. Jacob  (pour agrandir une photo cliquer dessus)
Compte-rendu

Madame Bachelot nous a expliqué comment, après s’être jurée de ne plus revenir en politique, elle avait accepté la proposition de Jean Castex, le jour où le Président Macron l’avait nommé Premier Ministre, de devenir ministre de la culture un de ses rêves de toujours. Elle nous a prévenu de nous méfier des appels du Premier Ministre le jour de sa nomination 😊.

En préambule elle a insisté sur le lien entre musique et santé en rappelant qu’elle avait, avec Frédéric Mitterrand, monté plusieurs associations pour aider les malades par la musique « live » qui émet des vibrations positives à l’inverse de la musique enregistrée.

• Ministre de la santé : elle nous a rappelé qu’un syndicat de médecin lui avait dit lors de leur premier rendez-vous : « Quelle humiliation de voir un pharmacien à cette place ! ». Commentaire de notre invitée qui n’a pas sa langue dans sa poche « Au bal des cons ça tourne dur 😊 ».
- Loi Bachelot : elle est ensuite revenue sur le maillage remarquable des pharmacies dans notre pays et a exposé comment elle avait décloisonné le système avec la création des agences régionales de santé. Elle regrette néanmoins que ses successeurs aient déployé peu d’efforts pour mettre en place sa loi.
- Epidémie H1N1 : notre invitée est revenue sur la manière dont elle avait géré la crise H1N1 en mettant en place une politique de long terme en tant que présidente du conseil social de l’Union Européenne. Elle est revenue sur les railleries subies par elle et sa famille à cette occasion.
En réponse à certaines questions concernant la pénurie de médecin, elle a expliqué que le métier avait évolué, entre autres par sa féminisation et qu’il s’agissait de répondre aux attentes des jeunes médecins en insistant sur le fait que plus qu’un problème de moyens, c’était un problème d’organisation en insistant sur la nécessité de décloisonner (Leitmotiv) ! Il est également difficile de mettre en place des réformes à la fin d’un mandat présidentiel. Elle avait en outre toujours commandé aux administrations et non le contraire.

• Ministre de la culture : elle est arrivée au plus mauvais moment en même temps que la crise du Covid. Elle a par ailleurs attrapé le Covid et est restée en réanimation 3 semaines. Sa force a été de ne rien attendre pour défendre le réseau culturel. Elle estime avoir sauvé l’essentiel.
Parmi les menaces qui pèsent sur la Culture encore aujourd’hui :
- La contre-culture numérique et l’Intelligence artificielle et des nouveaux modes de diffusion
- Les menaces sur la propriété intellectuelle
- La culture en France est droguée aux subventions
Pour revenir sur les modes de « consommation » de la culture des français :
- 58% des français ne fréquentent jamais un lieu de spectacle vivant que ce soit un concert, un musée, un théâtre, un opéra, un cirque….
- 9% y vont 10 fois par an.
- Quant à l’opéra seuls 0,5% des français y vont.

On constate un échec massif de la diffusion de la culture. Il n’a pas suffi d’augmenter les crédits pour que la demande rencontre l’offre. La politique de démocratisation de la culture menée par Jacques Lang est un échec. Il ne suffit pas d’augmenter l’offre si on ne facilite pas l’accès matériel aux lieux de culture (mobilité). Aujourd’hui les gens n’accèdent à la culture que par des modes désincarnés.

Pour la gauche interdire le piratage des œuvres est anti-démocratique. « L’ennemi est dans la maison ». La culture ne sera plus un luxe si les droits d’auteurs ne sont pas protégés. L’industrie de la culture pèse 70 Mds € de CA et fait vivre 700 000 personnes dans notre pays.

Questions :
- Est-ce un problème d’éducation ?
Pour la Ministre c’est surtout un problème d’accès matériel (éloignement des jeunes ménages des centres ville).
- Le patrimoine est-il en danger ?
Le problème est que l’on ne peut pas tout sauvegarder. Par ailleurs, on assiste à la débaptisation de certains lieu (les hauts d’Anjou).

En conclusion, Roselyne Bachelot nous parle de son dernier livre Sacrés monstres sur les nouvelles personnalités politiques qui de « fauves » (qui respectaient certaines règles) sont devenues des « monstres » dans lesquels les électeurs ne se reconnaissent plus. Il y a une disparition du « moi social » Ceci explique en partie la montée des extrêmes. Madame Bachelot nous parle aussi d’un film qu’elle vient de voir, The Apprentice, sur la montée de Donald Trump.

Pour terminer elle nous raconte une
petite histoire amusante entre les curés de Thouarcé et de Brissac.

Compte rendu rédigé par Bettina Funck-Brentano (MP1984)